Composantes historiques du site
Présence française

L’intérêt principal du site concerne la période 1541-1543, durant laquelle fut lancée la première tentative coloniale française en Amérique du Nord. Toutes les découvertes archéologiques à ce jour permettent de conclure qu’il s’agit bien du site historique décrit dans les livres d’histoire.

On connaît peu de choses de la tentative en dehors des récits de Cartier et de Roberval, des résultats d’enquêtes conduites par les Espagnols auprès de marins et des rapports d’espions qui ont eu vent des expéditions de 1541 et 1543. Les indices sont minces et ont parfois exagéré l’importance de l’expédition coloniale. Cependant, autant Cartier que Roberval parlent d’un fort d’en haut et d’un fort d’en bas. Selon les hypothèses actuelles, basées sur les sources historiques disponibles, l’établissement aurait été prévu pour accueillir jusqu’à 400 personnes.

Bien que l’établissement ait probablement été construit par Cartier, la description des lieux est plus complète dans le récit de Roberval. Cartier se limite à dire qu’il fait construire le fort d’en haut pour protéger le fort d’en bas. De son côté, Roberval insiste davantage sur le fort d’en haut, ce qui semble indiquer qu’il s’agit de la partie la plus importante de l’établissement colonial. Il cite notamment deux corps de logis, deux tours, dont une de quarante à cinquante pieds avec différentes pièces, des moulins, un poêle pour chauffer les gens, un puits et une fontaine. De plus, puisqu’il s’agit d’une tentative coloniale, il devrait y avoir aussi des espaces pour engranger les grains, un lieu pour les bestiaux, ainsi que divers espaces pour les fonctions agricoles, militaires (poudrière, armurerie, etc.) et industrielles (forge).

Quant au fort d’en bas, Cartier n’en parle pas beaucoup plus. Par contre, Roberval nous dit qu’il y avait une tour à deux étages, avec deux bons corps de logis où les victuailles étaient conservées ainsi que tout ce qui avait été apporté de France.

Devant l’absence de plans ou de données précises, notre connaissance de l’établissement se fonde sur une première réalité, celle de la notion de «fort» qui provient des récits de Cartier et de Roberval. À l’époque des récits, le besoin défensif transcrit sous le terme de « fort » entraînait nécessairement le déploiement d’un élément fortifié autour d’une zone occupée, et non d’une occupation détachée d’un système défensif, auquel cas le lieu serait exposé aux agressions1 . Toutes les illustrations connues des établissements coloniaux du 16e siècle montrent des lieux fortifiés avec une palissade autour de la zone occupée par des bâtiments. Ce modèle paraît être une constante et il n’existe pas d’exemple, à notre connaissance, de forts qui n’auraient pas de système défensif.

Même si nous ne connaissons pas les détails de construction des bâtiments décrits dans les documents historiques2 , il n’en demeure pas moins que la description de Roberval indique l’existence de plusieurs bâtiments dans le fort qu’il établit en haut de la falaise. De son côté, Thevet, parle d’une palissade couvrant une lieue3 .

À la superficie du fort proprement dit, il faut ajouter une aire cultivée, décrite par Cartier et Roberval, une zone consacrée aux inhumations et une zone tampon du côté nord et est entre la fortification et l’aire boisée, qui pourrait du moins en partie coïncider avec la zone agricole.

Si l’on regarde les établissements comparables à celui de Cartier et de Roberval, le fort pourrait avoir été construit sur une vaste étendue et les bâtiments disposés sur le pourtour intérieur par petits îlots isolés les uns des autres. Si, de plus, ce modèle d’implantation inspiré du fort Caroline s’avère pertinent, la disposition des bâtiments à l’intérieur du fort de Cartier et de Roberval devrait être semblable et ces constructions devraient se présenter isolées les unes des autres ou par groupes dispersés sur une grande étendue de terrain. Les hypothèses actuelles amènent les archéologues à conclure qu’il est possible de trouver sur le site plusieurs types d’aménagements dont les principaux sont les suivants :

  • Éléments défensifs ou militaire : palissades, banquettes, fossés, tours, accès, etc. ; armement divers, etc.
  • Éléments architecturaux : structures en bois, pierre, brique, verre et terre ; fondations, talus, fosses, caves, pieux, surfaces, puits, fondations, empreintes, etc.
  • Éléments paysagers et environnementaux aménagés : fossés et canaux, espaces utilisés (cours), sentiers et aménagements divers
  • Éléments matériels du quotidien : Ensemble des objets produits ou utilisés par l’homme et qui se trouvent dans un site archéologique. culture matérielle générale d’utilisation quotidienne, notamment pour la fabrication, la consommation, l’acquisition (chasse, pêche, agriculture, élevage, extraction des minerais, etc.), le commerce (incluant les échanges), les loisirs, le culte, la survie et la mort.

Les résultats des fouilles réalisées en 2007 démontrent que l’établissement a été incendié et que cette destruction a permis la Toute action visant à sauvegarder un bien culturel. Le but de la conservation est d'étudier, de documenter, de préserver et de restaurer les aspects culturels importants d'un bien culturel en limitant le plus possible l'intervention. La conservation comprend l'examen, la documentation, la conservation préventive, la préservation, la restauration et la reconstitution. (Extrait du code de déontologie de l'Institut international pour la conservation)conservation de plusieurs vestiges mobiliers et immobiliers. Les archéologues présument avoir trouvé plusieurs des éléments bâtis de l’établissement colonial. Pour l’instant, la zone fouillée, d’environ 150 mètres carrés, permet de croire que le potentiel occupé s’étend sur environ 750 mètres carrés. Il ne s’agit probablement que d’une portion du fort.

Jusqu’à maintenant, les Objet produit ou utilisé par l’être humain dans son quotidien pour chasser, cultiver, pêcher ou pratiquer d’autres activités. artefacts découverts sur la plus grande partie explorée du site, mais surtout dans le secteur A, correspondent à un niveau social économiquement riche, avec de la faïence italienne, des verres fins, des bagues, des vitraux, etc. Cette répartition pourrait être le signe d’un îlot de bâtiments associé à la classe dirigeante du fort. Or, Roberval nous dit qu’il y a des « gens du commun » dans les forts d’en haut et d’en bas. Ainsi, alors que nous croyons avoir ciblé un large secteur occupé par des gens de la classe aisée, il reste à déterminer la localisation des installations reliées aux gens du commun, à situer l’emplacement des autres installations mentionnées par Roberval, telles que moulins et four, à trouver les autres, celles qui ne sont pas mentionnées et qui devraient se trouver sur ce type de site : poudrière, forge, étables, greniers et autres dépendances. En tenant compte de tous ces bâtiments, le site pourrait logiquement se poursuivre hors des limites ciblées sur la propriété de la Commission.

La durée d’occupation du site a été brève : deux ans entre août 1541 et juillet 1543. Actuellement, nous retenons l’hypothèse que ce sont les Français eux-mêmes qui ont mis le feu à l’établissement, plutôt que les Amérindiens, car lorsque Roberval quitte les lieux, il semble toujours en assez bons termes avec les Amérindiens. En fait, on peut même avancer l’idée que Roberval n’était pas prêt à partir au printemps 1543, à la lecture de son récit, on constate qu’il organise une grande expédition pour découvrir le royaume du Saguenay. À cette occasion, il laisse derrière lui un groupe d’une trentaine de personnes qu’il autorise à quitter le pays, sans l’attendre, s’il ne revient pas à la date prévue. Malgré cela, Roberval quitte finalement le pays, peut-être suivant les ordres royaux. Nous pouvons penser que dans le contexte d’une guerre avec l’Espagne, c’est probablement Roberval lui-même qui a mis le feu à l’établissement en partant, afin de ne pas laisser cette place forte aux mains d’éventuels ennemis.

Enfin, il semble que le site n’a pas été réoccupé entre le départ de Roberval à l’été de 1543 et le 19e siècle. Ainsi, on présume que les restes incendiés se sont dégradés avec le temps, laissés à tous vents selon la succession des saisons, alternant couvert végétal, pluie et neige.

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1 Aucun des récits de Cartier et de Roberval, et aucun autre ouvrage ne laisse entendre qu’il y a des installations externes aux forts.

2 Sauf pour la mention d’une tour haute de 40 à 50 pieds.

3 Ce qui veut dire que la palissade aurait plus de 15 120 pieds français, soit 4 912 mètres. Même si une palissade de près de cinq kilomètres nous paraît exagérée, il n’en demeure pas moins qu’elle exprime bien l’idée d’un établissement pouvant inclure les deux forts.

Carte du chantier du site archéologique de Cartier-Roberval