La démarche scientifique prend d’abord forme au sein d’un programme de recherche1 destiné à livrer les grandes orientations du projet, les objectifs visés ainsi que les pistes qui, au moment d’amorcer le travail sur le terrain, semblent les plus prometteuses. Une fois ce canevas de recherche bien circonscrit, l’archéologue peut organiser son travail sur le terrain et en laboratoire ou, en d’autres mots, déterminer les méthodes qui sont les plus appropriées pour obtenir les résultats escomptés. En parallèle, d’autres chercheurs seront souvent mis à contribution, notamment sur le plan de la Toute action visant à sauvegarder un bien culturel. Le but de la conservation est d'étudier, de documenter, de préserver et de restaurer les aspects culturels importants d'un bien culturel en limitant le plus possible l'intervention. La conservation comprend l'examen, la documentation, la conservation préventive, la préservation, la restauration et la reconstitution. (Extrait du code de déontologie de l'Institut international pour la conservation)conservation des objets ou des vestiges découverts, des études complémentaires sur les milieux physique ou humain. Mais avant d’aller plus loin, il est temps de présenter les grandes lignes du programme de recherche archéologique.
La démarche scientifique qui a cours depuis la découverte récente du site propose en définitive de comprendre l’établissement français de Cap-Rouge, qui a existé de 1541 à 1543. L’objectif est d’expliquer la nature de cet établissement. Comment les Français se sont-ils préparés à fonder une colonie dans le Nouveau Monde ? Qu’est-ce qu’ils ont apporté avec eux ? Qu’ont-ils construit ? Comment était organisée la vie à l’intérieur du fort ? Pourquoi avoir choisi cet emplacement ? Quels avantages avaient-ils à occuper ce lieu ? En définitive, on cherche à mesurer le degré d’adaptation des colons à leurs nouvelles conditions de vie.
Le programme de recherche est fondé sur les résultats archéologiques obtenus lors des interventions antérieures réalisées entre 1958 et 2006.
Le site archéologique Cartier-Roberval situé à Cap-Rouge (CeEu-4) constitue un lieu privilégié pour l’étude de la présence française en Amérique au 16e siècle et, plus particulièrement, pour celle de l’adaptation de colons européens dans un nouvel environnement déjà occupé par des groupes amérindiens.
En effet, les colons français ont eu à composer avec deux réalités incontournables. La première fut indéniablement les Autochtones, même si Cartier avait déjà eu plusieurs rapports avec les Groupe amérindien qui vivait dans les villages au bord du fleuve au moment où Jacques Cartier explorait la région. Iroquoiens du Saint-Laurent, en particulier avec ceux qui vivaient dans le village de Stadaconé (Québec), et aussi ceux d’autres villages iroquoiens qui occupaient les abords du Saint-Laurent, et ce, jusqu’à Hochelaga (Montréal). Quant à la seconde grande réalité nord-américaine, ce fut sans aucun doute le climat. La survie et le confort des colons dépendaient alors en grande partie de cette composante environnementale. La survie de la colonie, quant à elle, impliquait la découverte de mines et d’épices à exploiter au nom de la France.
Mais en fait, la grande question que se posent les archéologues qui ont élaboré le programme de recherche porte essentiellement sur la vision du monde dite européenne, voire française, c’est-à-dire celle d’un nouveau monde encore peu connu dans sa portion nordique. Il faut dire que le défi des Terme employé pour distinguer les colons venus cultiver les terres, plus tard au 17e siècle, des Européens venus au Canada au 16e siècle avec l’intention de coloniser le pays.colonisateurs était énorme et consistait à trouver des solutions novatrices pour exploiter un territoire qu’ils considéraient vierge. Mais l’ont-ils fait ou se sont-ils contentés de reconduire leurs propres expériences de colonisation ? À la lumière de leurs récits tout autant que des vestiges qu’ils ont laissés derrière eux et qui seront exhumés au cours des prochaines années, les archéologues tenteront de démontrer comment ces Français se sont adaptés (ou non) au très rigoureux environnement carougeois de l’époque en exploitant les diverses ressources disponibles à proximité : sols, minerais, flore, faune, etc.
Pour examiner de plus près la situation coloniale française à Cap-Rouge, les archéologues ont décidé d’adopter une approche écologique qui consiste à mettre en relation les occupants européens avec les environnements culturel et physique. L’environnement culturel correspond au bagage intellectuel et matériel que les Européens ont apporté avec eux, c’est-à-dire les traditions, les savoirs et le savoir-faire, tandis que l’environnement physique comprend les ressources naturelles présentes dans la vallée du fleuve Saint-Laurent. Cette approche permet d’échafauder une stratégie d’adaptation qui aurait été adoptée par les Français pour mieux s’implanter dans le Nouveau Monde et pour atteindre les objectifs de leur mission.
L'aire d’étude
Au sein du programme de recherche, l’aire d’étude a été définie en trois sphères concentriques, de la plus petite, où seront centralisées les recherches archéologiques sur le terrain, à la plus englobante, qui comprend un territoire aussi vaste que le Vaste territoire comprenant l’Ontario, le Québec et les provinces maritimes ainsi que les États de la Nouvelle-Angleterre et de New-York. Nord-Est de l’Amérique du Nord.
La première sphère correspond donc à l’espace Se dit de ce qui est fait par l'homme ou dû à sa présence.anthropique et archéologique de l’aire dite « habitée, cultivée et fortifiée » par Cartier et Roberval entre 1541 et 1543. L’aire couvre plus de 10 000 mètres carrés, dont une grande partie pourrait se trouver sous les remblais du pont ferroviaire. Cette aire englobe la portion sud-ouest du promontoire du cap Rouge qui fera l’objet des études, des recherches et des analyses scientifiques.
Cette première sphère est subdivisée arbitrairement en cinq secteurs de recherche totalisant environ 3 365 mètres carrés : la pointe du promontoire (secteur A = 600 m²), le nord de la pointe (le secteur B = 700 m²), le plateau intermédiaire (secteur C = 725 m²), l’emplacement de la villa Les frères Atkinson ont construit une villa en 1823 sur le promontoire de Cap-Rouge, devant la rivière du même nom. Les Atkinson ont aménagé tout le promontoire et construit diverses structures dont une tour d’observation à l’extrémité sud. Des plans du 19e siècle identifient l’emplacement de certains bâtiments, mais les archéologues doivent néanmoins établir des corrélations sur le terrain avec les vestiges de murs et de fondations qui apparaissent ici et là, sur le promontoire.Atkinson (secteur D = 400 m²) et la terrasse de la falaise le long du fleuve (secteur E = 900 m²). À ces secteurs, on en ajoute un sixième au nord du pont ferroviaire dont la superficie reste à déterminer.
La seconde sphère de l’aire d’étude correspond à la région immédiate où vivaient quelques groupes, notamment les Iroquoiens du Saint-Laurent habitant le village de Stadaconé (Québec), et où l’on trouve des ressources diverses. Les colons français de l’établissement du cap Rouge ont sans doute fait plusieurs déplacements dans cette région et se sont sans doute adonnés à plusieurs activités de chasse, de pêche et de cueillette de fruits sauvages, de noix et d’autres plantes connues d’eux ou identifiées par des Amérindiens. La région immédiate couvre en fait plusieurs dizaines de kilomètres carrés autour du site et comprend la rivière du Cap-Rouge, le territoire actuel de la Ville de Québec, le fleuve Saint-Laurent et ses deux rives.
Enfin, la troisième sphère, beaucoup plus vaste, comprend l’estuaire et le golfe Saint-Laurent et les alentours de Terre-Neuve, d’où pourraient provenir certaines ressources qui permettaient d’approvisionner la colonie carougeoise, en particulier la morue et les mammifères marins.
1 Le programme de recherche a été rédigé par Gilles Samson, Richard Fiset et Yves Chrétien et déposé à la Commission en avril 2007.
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Date de mise à jour : 27 mai 2010